Ryoji Ito, 39 ans, chef du bureau de la NHK (chaîne audiovisuelle publique japonaise Nippon Hoso Kyokai) à Paris depuis 2005, exerce depuis 18 ans son métier de journaliste avec autant de curiosité et de passion qu'au premier jour.
Le virus de l'étranger, il l'a attrapé dès l'âge de 6 ans, lorsqu'il est venu habiter en France pendant 4 ans. Restait à contracter celui du journalisme. Ce fût son père, grand reporter à Kyôdô, qui se chargea de le lui transmettre.
Portrait d'un Japonais pas comme les autres, parfaitement trilingue anglais, français, coréen, éternel amoureux de l'Empire du Matin Calme.
RM"Parlez-nous de votre enfance à Paris...
RI: "Comme à l'époque (début des années 1970) il n'y avait pas d'école japonaise, je suivais le cursus français et tous les samedis j'allais dans une sorte de "juku" (école préparatoire) avec d'autres enfants japonais pour apprendre les kanji et ma langue maternelle. En plus de cela, mon père m'obligeait à écrire un journal pour ne pas oublier les acquis. Lorsque je suis rentré au Japon, je ne pouvais presque pas communiquer avec les enfants de mon âge. Avec mon frère on se parlait en français !"
RM: Quelle est l'expérience de journaliste qui a été la plus forte pour vous?
RI:"Sans aucun doute mon séjour en Corée du Sud. J'y suis resté 6 ans. J'avais été envoyé une première fois à Séoul par la NHK lorsque j'avais 29 ans uniquement pour apprendre le coréen et me familiariser avec la culture. Je me souviens d'une fois où j'étais allé dans un bouiboui local manger des nouilles, quelqu'un m'avait lançé une bouteille lorsqu'il m'avait entendu parler japonais. C'était difficile au début. J'y suis retourné en 1994 comme correspondant pour couvrir essntiellement l'actualité politique de la Corée du Nord. Vous savez 60 % des journalistes japonais sont en poste à Séoul pour couvrir ce qui se passe en Corée du Nord.
J'ai eu la chance de pouvoir assister au rapprochement entre la Corée du Sud et le Japon grâce à la politique menée par le Président Kim Dae-Jung. Il a été le premier président coréen à admettre que le Japon avait changé et que le Japon d'après-guerre n'avait rien de comparable au Japon d'avant (la 2ème Guerre Mondiale, NDLR). J'ai également assisté à la rencontre entre les deux présidents Kim Jung-Il (Nord) et Kim Dae-Jung (Sud) en 2000.
J'ai été gâté en terme d'actualité."
RM:Qu'est-ce que vous aimez chez les Coréens?
RI:"Tout (rires). J'aime leur nourriture, leur tempérament franc et direct. Au début j'ai eu certaines difficultés à m'y adapter mais après je trouvais que cela était plus facile de travailler avec des personnes directes et spontanées qu'avec des Japonais plus compliqués (rires).
RM: Qu'est-ce que vous n'aimez pas chez les Français ?
RI:"Je n'aime pas leur côté individualiste. Ils pensent trop à eux et pas assez aux autres. Mais en fait je n'ai pas souffert de désillusion comme c'est souvent le cas lorsque des étrangers viennent travailler en France. Je connaissais bien, j'y avais vécu enfant. Je n'avais aucune admiration particulière pour la France donc aucune déception non plus."
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